Dvorak-fr

De Disposition de clavier francophone et ergonomique bépo

La disposition bépo n'est pas la seule implémentation « à la Dvorak » pour la langue française. En particulier, la disposition dite dvorak-fr est disponible depuis mai 2002 sur le site de Francis Leboutte Algo.be.

En quelques mots

Entre autres différences techniques et pratiques avec le bépo, la disposition dvorak-fr utilise l’accent grave mort « ` » placé sur la touche clavier azerty8 pour produire les caractères du français non accessibles en accès direct ou majuscule, à savoir : ç Ç $ É € £ ° µ § º ± ¼ ½ ¾ { } « » œ Œ æ et Æ. La touche AltGr devient une touche Alt normale. Il existe une variante, le dvorak-fr-e, qui, à l’aide de deux touches mortes supplémentaires « ( » et « ~ », donne accès aux caractères suivants (et leurs majuscules) : ó á ú í ý å ø ß ¡ ¿ õ ã et ñ.

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│ *  │ 1  │ 2  │ 3  │ 4  │ 5  │ 6  │ 7  │ 8  │ 9  │ 0  │ +  │ %  ║         ║
│ _  │ =  │ /  │ -  │ è  │ \  │ ^  │ (  │ `  │ )  │ "  │ [  │ ]  ║   <--   ║
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║       ║ ?  │ <  │ >  │ G  │ !  │ H  │ V  │ C  │ M  │ K  │ Z  │ &  ║   |  ║
║  ->|  ║ :  │ '  │ é  │ g  │ .  │ h  │ v  │ c  │ m  │ k  │ z  │ ¨  ║ <-'  ║
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║        ║ O  │ A  │ U  │ E  │ B  │ F  │ S  │ T  │ N  │ D  │ W  │ #  ║     ║
║  CAPS  ║ o  │ a  │ u  │ e  │ b  │ f  │ s  │ t  │ n  │ d  │ w  │ ~  ║     ║
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║   ^  ║ ç  │ |  │ Q  │ @  │ I  │ Y  │ X  │ R  │ L  │ P  │ J  ║     ^      ║
║   |  ║ à  │ ;  │ q  │ ,  │ i  │ y  │ x  │ r  │ l  │ p  │ j  ║     |      ║
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║       ║      ║     ║                           ║     ║      ║     ║      ║
║ Ctrl  ║ WinG ║ Alt ║          Espace           ║ Alt ║ WinD ║WinM ║ Ctrl ║
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Critiques concernant la disposition clavier de Francis Leboutte

En préambule, le clavier dvorak-leboutte est bien meilleur que l’azerty et il comporte des similitudes avec le bépo puisque fondé — avec plus ou moins de rigueur — sur les mêmes principes, à savoir ceux du docteur Dvorak. Ces deux dispositions ont le même objectif et sont utilisées dans les mêmes conditions : la frappe à dix doigts en aveugle. Or, la frappe à dix doigts, non contente d’être plus ergonomique, est beaucoup plus efficace. Il paraîtra peut-être à certains que les points discutés ici ne sont que des détails. S’ils le sont lors d’une frappe à vitesse lente, ce n’est plus du tout le cas lors d’une frappe à vitesse rapide : un digramme difficile ou la nécessité de replacer sa main à grande vitesse sont des causes évidentes de ralentissement, d’erreur et de « stress » musculaire.

Le modificateur touche morte sur [8]

Pour pouvoir accéder à un plus grands nombre de caractères, le dvorak-leboutte fait usage d’une touche morte placée sur la touche [8] du clavier. À la différence de touches modificatrices comme [Maj.], [Ctrl.] ou [AltGr], l’usage de cette touche entraîne donc deux frappes successives pour l’obtention d’un caractère et pas deux frappes concomitantes comme c’est le cas avec une touche modificatrice. Cet usage nous apparaît comme posant un certains nombre de problèmes — pour mieux suivre ces explications, il est utile d’avoir le schéma du dvorak-leboutte sous les yeux.

  • Pour tous les caractères accessibles par ce moyen, ça multiplie le nombre de frappes par deux !
  • Pour obtenir cette touche morte, a été placé dessus un caractère assez rare : le « ` » mort. Ce caractère, s’il est utile dans d’autres langues, ne sert en français que pour le « è » et le « à » qui sont déjà — avec raison — en accès ailleurs sur le clavier (sans leur majuscule, Cf plus bas). C’est un peu « perdre » une touche en accès direct.
  • Principal problème dont beaucoup d'autres découlent : la place de ce modificateur. En effet, une touche d’une telle importance — elle donne accès à des caractères tel que « ù », « É », « È », « œ », « Œ », « æ », « Æ », “«” et “»”, voire « à », « À », « ç » et « Ç » sur un clavier 104 touches — se doit d’être accessible. Or elle se trouve sur la rangée du haut. La position de cette touche entraîne la nécessité d’un déplacement de toute la main pour y accéder ou d’une extension extrême de l’auriculaire — le corps n’aimant pas ces extrêmes, il préférera un « mix » entre les deux, pour la suite je ne parlerai que déplacement de la main, il faut entendre une mélange des deux phénomènes ci-dessus. Quoi qu’il en soit, cela pose des problèmes dans plusieurs situations :
    • Pour les deux caractères se trouvant à main droite “«” et “»”, « ç » et « Ç », ces digrammes à une main, voire à un doigt entraînent un ralentissement évident de la frappe à grande vitesse, et un risque d’erreur :
      • pour “«” et “»”, la main attendra d’être redescendue pour pouvoir frapper sa touche, en effet le fait que les doigts aient des corps charnus — muscles — communs entraîne qu’une extension de l’un doigts (et tout particulièrement le majeur qui est au centre) gêne et même empêche la flexion des autres doigts, c’est dommage pour un caractère si courant en français ;
      • pour « ç » et « Ç », ce sont des digrammes à un doigt, on perd donc totalement la règle de l’alternance des mains — ou au pire des doigts.
    • lors de l’utilisation de cette touche morte pour un des caractères à main gauche nécessitant l’usage de la touche [Maj.] (soit toutes les majuscules en rose sur le schéma), il faut pour répondre aux règles de la dactylographie, utiliser la touche Maj. droite. Or, elle est totalement inaccessible lorsqu’on appuie sur [8]. Il faut donc que la main redescende pour pouvoir faire cette combinaison : là encore c’est une perte de temps, le placement de tous ces caractères me semble alors totalement anti-ergonomique.
    • bien que je n’aie pas d’étude précise, il me semble que compte tenu de l’importance que prend rapidement une telle touche — ce n’est pas qu’une question de quantité de frappe : dans le schéma moteur elle n’est pas « liée » à un caractère mais à 34 —, je pense qu’il y a rapidement une tendance naturelle à développer une position de frappe qui place la main droite plus haute que la gauche — pour rendre plus « accessible » cette touche — entraînant en toute logique une perte d’accessibilité de la rangée du bas — Cf. explication sur les combinaisons avec la touche majuscule droite.

Caractères mal placés et illogismes

  • Le « ^ », est placé sur une des touches les moins accessible du clavier : elle nécessite un déplacement de toute la main — pire que le [8]. C’est très mauvais pour un caractère tapé dans le flux de l’écriture — peu souvent précédé d’une espace, jamais suivi. Le « ^ » est presque aussi fréquent que le « à », devant è, y, x, z, w ou k qui sont mieux placés sur le dvorak-leboutte ;
  • les majuscules des caractères ne sont pas toujours placés en position [Maj] de leur minuscule, alors que c’est l’une des erreurs fondamentales de l’azerty. Cet illogisme entraîne une difficulté inutile pour mémoriser les touches, ce qui augmente pour rien le coût de la transition ;
  • accès assez simple par la touche morte « ´ » à « ò », « Ò », « ì » et « Ì » qui ne sont pas des caractères du français alors que d’autres caractères qui le sont sont plus difficiles d’accès (les guillemets) voire absents (« — » et « … ») ;
  • les parenthèses : alors que tous les signes pairs du dvorak-leboutte sont couplés (comme c’est le cas dans le bépo) les parenthèses sont séparée par une touche, le [8] : c’est illogique ;
  • le caractère $, fréquent pour les informaticiens, les expatriés aux USA ou la finance, est en accès par la touche morte [8] alors que le « ~ », moins courant, est en accès direct ;
  • les opérateurs mathématiques ne sont pas groupés (ni placés par rapport à une quelconque logique, n’était le « - » qui est sur une touche assez facile d’accès sur cette rangée).

Caractères manquants

  • Typographie : avant qu’on dise que c’est du chipotage, rappelons que la typographie d’un texte est presque aussi importante pour sa lisibilité que son orthographe, c’est aussi de l’ergonomie. On se penchera sur la lecture de l’indispensable orthotypographie de Jean-Pierre Lacroux pour plus de détails. « Le tiret, par son allure, a quelque chose d’élégant. […] Il n’a pas, comme sa congénère la parenthèse, le profil bedonnant qui vous arrête au passage. » Jules Denis, Grammaire typographique.
    • « — » : le tiret sur cadratin est d’usage courant en français pour les incises, les dialogues et les listes ;
    • « … » : les points de suspension sont fréquents en français. Avoir un seul caractère à saisir plutôt que trois est un avantage incontestable — tous les utilisateurs qui l’ont essayé peuvent témoigner de cette facilité. Par ailleurs, dans une police à chasse fixe, ce caractère est plus élégant que la triple répétition du point ;
    • l’espace insécable est d’utilisation obligatoire et non inséré automatiquement dans nombre de logiciels, rendre son accès possible est important. Or les rares programmes qui le font n’ont pas de raccourcis normés et les applications en lignes (wikis, groupware, etc.) ne savent pas le faire. L’usage d’un tel caractère doit être du domaine de la dactylographie courante et donc clairement, facilement et logiquement accessible.
  • Internationalisation : bien qu’un dvorak-like soit implémenté pour une langue en particulier, de plus en plus de personnes pratiquent plusieurs langues. Le dvorak-leboutte n’est que très peu adapté à la saisie d’autres langues que le français ou l’anglais.

Licence

On arrive ici à un point crucial du problème : la personnalité de l’auteur.

Car après tout, ces problèmes auraient pu être corrigés progressivement, plutôt que devoir repartir de zéro. Non seulement on aurait gagné du temps, mais on n’aurait qu’un seul dvorak-like francophone.

Le dvorak-leboutte est disponible sous une licence propriétaire, CC-BY-NC. Cette licence empêche notamment :

  • de créer une version dérivée sans l'accord de Francis Leboutte ;
  • de faire une utilisation commerciale de cette disposition, ce qui exclut de fait sa diffusion dans les systèmes d'exploitation libres (les distributions linux par exemple). La version modifiée par Josselin Mouette pour Xorg ne semble d'ailleurs pas légale, et ne devrait pas être diffusée dans un projet open source.
  • de faire évoluer la disposition sans l'accord de l'auteur.

Autres

  • Transparence du projet : disponibilité des sources, de la méthodologie précise, validation (la page d’informations) ;
  • pas de pilote pour les systèmes d’exploitations utilisant Xorg. il semble qu’il y en ait un… mais comment cela se passe-t-il par rapport à la licence ?
  • le « cas » de la prédominance de la rangée du bas. Le dvorak-leboutte donne une prédominance à la rangée du bas, rien ne vient étayer ce choix sur le site.

Et le J. Mouette alors ?

Attention

Ce passage n’est pas à jour. La disposition Mouette a été supprimée de X.Org au détriment du véritable dvorak-fr en juillet 2008.

La disposition créée par J. Mouette, présente dans Xorg depuis plusieurs versions, est une version dérivée de celle de F. Leboutte avec déplacement de quelques touches et, surtout, utilisation de la touche AltGr au lieu de la touche morte [8].

Elle pose comme problèmes d’utiliser des combinaisons de touche en AltGr+main droite pour des caractères relativement courants et de manquer d’optimisation pour les langages de programmation. Pour finir, elle requiert un clavier 105 touches et ne peut donc être utilisée sur les claviers ergonomiques type TypeMatrix ou Kinesis Contoured.

De plus, compte tenu de la licence sous laquelle est distribuée le dvorak-fr, il n’est pas certain qu’elle puisse légalement être dans Xorg (à vérifier).

Quelles sont les « réponses » du bépo aux problèmes du dvorak-fr ?

Le bépo a été conçu dans le respect des mêmes règles que le dvorak-fr. Nous ne détaillerons pas ici les règles appliquées pour la création de l’algorithme. Les contraintes du clavier étant nombreuses, c’est un travail long et compliqué de répondre à toutes les règles sans qu’elles ne s’annulent les unes les autres. La disposition actuelle répond pourtant à la quasi-totalité de ces règles.

Plus de détails sur la page de présentation de la disposition bépo.

Touche modificatrice

Pour pallier le manque de touches face à la multitude de caractères utiles, la démarche a été différente de celle du dvorak-fr. Compte tenu des reproches faits au système d’une touche morte à tout faire, il a été choisi d’utiliser une nouvelle touche modificatrice, le AltGr. Pourquoi ? Commençons par dire que bien que nous appelions la frappe à l’aveugle à 10 doigts, c’est en fait une frappe à 8 doigts + 2 pouces. En effet, sur un clavier traditionnel — puisque la contrainte de base était de faire une disposition adaptée aux nombreux problèmes que pose ce clavier — les deux pouces ne « gèrent » que 3 touches : Alt, AltGr et espace. Plus rarement et selon les méthodes de dactylo et les moments — usage conjoint avec la souris, par exemple — les deux touches « Super » ou « Windows ». Toutes les autres touches, soit 102, sont « gérées » par les 8 autres doigts. L’usage traditionnel des Alt{Gr} est très limité : quelques raccourcis, pas les plus courants. Ceux associés à Contrôle le sont bien plus. On est donc dans une situation dans laquelle les 8 doigts longs sont hyper sollicités et les pouces très peu.

Les intérêts d’une touche modificatrice supplémentaire, le AltGr, sont les suivants :

  • Utilisation d’un doigt fort, mobile et bien peu sollicité sur les claviers actuels ;
  • les pouces ne travaillent que peu lors de la frappe, leur ajouter la charge de travail consistant à actionner le AltGr ne les surchargent pas du tout, de fait les claviers ergonomique ont tous cette démarche : donner plus de travail, donc de touches aux pouces ;
  • les caractères faits avec une touche modificatrice se font par l’appui simultané de deux touches, et le bépo a été conçu de façon à utiliser le couple AltGr main droite + touche avec la main gauche afin d’éviter les frappes simultanées d’une seule main. Il en résulte qu’il n’y a pas — ou très peu — de perte de vitesse lors de son utilisation. Ce qui n’est pas du tout le cas de l’usage d’une touche morte si son placement nécessite un grand déplacement de la main ou si la touche morte et la touche suivante sont frappés avec des doigts (voir le doigt) d'une même main.


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